mercredi 3 novembre 2010

Addiction à la compagnie


«Personne ne déploiera jamais les facultés de son intelligence s'il n'intercale, pour le moins, quelques moments de solitude dans sa vie.» 
[Thomas de Quincey ] - Suspira de profundis

Je ne sais pas si vous êtes directement concernés par ce billet mais j'ai constaté durant les dernières années des comportements bizarres qui deviennent peu à peu la norme parmi mes pairs.

Il semblerait en effet qu'il faille coûte que coûte être en couple pour être heureux.
Comprenez moi bien, je pense en effet qu'être en couple amène un état de bonheur qu'on ne peut que très difficilement atteindre tout seul, mais ça n'est pas une raison pour sortir avec n'importe qui à n'importe quel prix!

Enfin, me semble t'il.



Le schéma que je rencontre le plus souvent c'est la fille (ou jeune femme si vous préférez) la vingtaine, qui n'est jamais restée célibataire plus d'un mois (ou deux disons) depuis ses 16 ans. Étrangement (ou pas) elle finit souvent par être déçue sentimentalement. Remarque, le schéma s'applique aussi à certains hommes. Peut-être fais-je un rapport erroné entre deux états de faits mais il me semble que si on veut s'épanouir dans un couple il faut un minimum savoir qui on est hors d'un couple pour savoir ce qu'on peut y apporter et ce qu'on veut y trouver, non ?

Une des problématique que je rencontre souvent est un manque d'honnêteté avec soi-même ainsi qu'une peur du vide affectif (on y reviendra). Les deux se comprennent mais je suis convaincu qu'au final il est difficile de se mentir sur le long terme et qu'il vaut donc mieux se faire violence pendant une période plus ou moins courte plutôt que de continuer à aller dans le mur à chaque fois.

Voici un dialogue générique fictif avec Tatiana (prénom tout aussi fictif) après une rupture au bout de quelques semaines/mois :
- "Je ne comprends pas pourquoi ça s'est fini comme ça!"
- "Je ne sais pas, je ne le connais pas mais je pense que tu es vite sortie avec lui. Peut-être n'as tu pas pris le temps de le connaitre vraiment?"
- "C'est pas vrai, on s'est d'abord vus à [remplissez avec trois ou quatre soirées de votre choix] et j'ai senti que c'était vraiment mon alter égo masculin, tu vois on aimait tous les deux [remplissez avec quelques goûts aléatoires] et il avait aussi vécu [remplissez avec une ou deux situations aléatoires] exactement comme moi!!"
- "Écoute, je n'ai pas eu le temps de le rencontrer (*sic*) donc je ne connais pas du tout ses motivations, mais si vous étiez tellement similaires quelque chose me dit que tu comprendrais mieux ce qui t'es arrivé, non?"
- ...

J'ai souvent envie d'ajouter "Je ne dis pas que tu as été facile ou que tu t'es donnée trop vite mais franchement, quand on veut vraiment connaitre quelqu'un ça prend énormément de temps (et s'avère plus tenir du but inatteignable que de l'objectif palpable de toutes façons). Je ne dis pas non plus qu'il faut attendre d'avoir une bague au doigt pour faire un mouvement. Simplement, placer des attentes un peu désespérées dans quelqu'un qu'on ne connait pas est forcément une opération pour le moins très risquée."
Mais je ne le fais pas, c'est trop frontal, trop vexant et on pourrait me rétorquer que sans prendre le risque on reste sur place et je n'aurais plus rien à dire (si ce n'est que quand on prend un risque, on ne se plaint pas après qu'il se soit avéré réel).

Revenons sur quelques termes clés :
  • "Se donner" : je n'aime pas spécialement le sens sous-jacent qui veut que l'homme consomme la femme. D'ailleurs, même dans l'imaginaire collectif, ça peut aller dans les deux directions. Je n'en peux rien : la syntaxe veut qu'on utilise l'expression de la sorte. Il me semble simplement que lorsqu'on en attend beaucoup plus que son partenaire lors d'une relation qui devient intime (au sens large) un déséquilibre nait qui finit par se payer à un moment.
  • "Placer des attentes" : action significative émotionnellement et donc relativement importante. De l'importance que l'ont met dans l'acte dépendra la hauteur de la chute et/ou de la montée. Par extension, "placer des attentes dans un inconnu" revient à être extrêmement naïf ("Je ne vois pas pouquoi ça ne fonctionnerait pas") ou totalement inconscient ("Je ne vois pas pourquoi ça ne fonctionnerait pas"), ce qui dans un cas comme dans l'autre (vous aurez remarqué la similarité des cas) contraste à tous les coups avec les explications conscientes que Tatiana fournirait à la question "Qu'attends tu d'une relation?" hors du contexte particulier de cet échec. Quand vos actions ne reflètent pas vos envies/explications c'est forcément que vous n'êtes pas vraiment honnêtes avec vous-même (ou que quelque chose de plus inconscient vous guide, mais je refuse de croire que toutes ces pauvres âmes aient un problème totalement inconscient parce que.. ça serait trop triste!).
  • "Désespérées" : la peur est un vecteur de désespoir assez puissant. Je ne suis pas psychologue mais il me semble que c'est probablement le vecteur conscient le plus probable qui motive un acte désespéré.. 
mais la peur de quoi d'après vous?

Alors voila, j'ai de la peine pour vous, Tatianas. Ma propre histoire comporte aussi des épisodes assez flagrants d'espoirs mal placés mais au moins j'avais toujours dans un coin de la tête qu'un pari n'est surement pas une certitude.

Rappelez vous qu'aimer, pleurer et haïr sont des actions qui affirment votre existence et qu'au final, vous n'êtes ici-bas que dans cet objectif-là.
De plus il ne tient qu'à vous de décider si votre histoire était un échec ou non: si vous avez appris, si vous avez été sensibilisée, si vous vous êtes découvert un intérêt pour quelque chose je parie que vous n'avez vraiment pas perdu votre temps! Souriez!


.52.


3 commentaires:

  1. Je n'ai pas peur de m'exposer.
    Je tiens à dire que tu oublies un fait important dans ton analyse: les sentiments. Ça te tombe dessus, tu peux rien faire.

    Ce n'est pas toujours pour juste être avec quelqu'un qu'on fait, à certains moments de notre vie, un mauvais choix.

    J'ai vécu la situation dont tu parles dans ta discussion type.
    La relation avec cette personne à été vraie même si elle a fini d'une telle manière.
    L'attirance a été réelle, des deux cotés et on a vraiment été connecté dés les premiers mots.
    Il aurait été impossible de passer à coter de cette passion. Et c'est n'était en aucun cas pour combler un vide, une solitude ni d'un côté, ni de l'autre, mais bien un moment de passion dévorante et déstructuer comme elle doit l'être.

    Non, il n'était pas mon alter ego comme j'ai pu le penser sur le moment,mais l'histoire ce devait être vécue, telle qu'elle l'a été. J'en retire ce qu'elle fut, des moments merveilleux, et la leçon qu'il faut en tirer.

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  2. Je suis à la fois désolé que cette passion t'ai dévoré et à la fois content que tu en retires des enseignements!

    Effectivement je ne parle pas vraiment de sentiments ici, mais de risques. Parler de sentiments est vraiment, vraiment très suggestif. J'essayais simplement d'exposer ici un point de vue extérieur à une histoire que j'ai vu arriver plusieurs fois et qui m'a parfois touché.

    J'essayais aussi d'insister sur le positif qu'on peut en retirer, j'espère que le message -surement un peu brutal- sera quand même passé :)

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  3. Dès explications ici : http://videos.arte.tv/fr/videos/les_dernieres_nouvelles_du_sexe-3572542.html

    Et sinon, oui, on est bête quand on est amoureux...

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